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Dossier spécial : les moulins de mon Médoc

En parcourant notre Médoc, on peut être surpris par la présence de nombreuses tours "incomplètes" dans cette presqu’île réputée pour ses vignobles. En réalité, la plupart de celles-ci sont d’anciens moulins à vent qui ont perdu leur toiture et leurs ailes et sont maintenant en ruines.


Au Moyen-Age, comme en témoignent ces nombreux vestiges de moulins, le Médoc était le grenier de Bordeaux ; en effet, particulièrement exposé aux vents d’Ouest, il avait une vocation céréalière (blé, seigle, sarrasin, voire maïs) et chaque village avait au moins un moulin à vent (en Gironde, au début du XIXe siècle, on dénombrait 816 moulins).



Les moulins à vent

Les premiers seraient apparus en France vers la fin du XIIe siècle. La trace du premier moulin à vent en Bordelais date de 1311, à l’occasion de la vente de celui de Sainte-Gemme à Saint Laurent du Médoc.


La majorité a initialement une hauteur de 6 à 8 mètres, est de forme circulaire (moulin-tour), est fabriquée en pierre avec deux portes dans un axe Est/Ouest ; pour profiter au mieux de la force éolienne, les moulins sont implantés au sol sur des sites dégagés ou sur une motte (monticule) qui leur permet d’avoir une cave pour stocker le grain.


Le rez-de-chaussée est le domaine du meunier (avec souvent un couchage rudimentaire). Un escalier permet non seulement d’accéder aux étages où se trouvent la machinerie et la meule, mais aussi d’acheminer les sacs de grains. Le toit (chapiteau) du moulin est conique, il est le siège de l’arbre moteur qui est le lien entre les ailes et le mécanisme (grand rouet) servant à mouvoir les meules.


Les ailes sont pourvues de toiles pour "capter" le vent et mettre en fonctionnement le moulin. A l’opposé des ailes, se trouve le timon fixé au chapiteau, qui permet de bien positionner les ailes par rapport aux vents en faisant tourner le chapiteau.


Des 816 moulins du début du XIXe, ne subsistent, de nos jours, que sept encore fonctionnels dont deux en Médoc, à Vensac et à Blaignan. D’autres ont été restaurés mais ne servent plus à la transformation de céréales en farine (meunerie).


A Blaignan, subsiste un moulin, situé au milieu du vignoble, à rare particularité : il n’utilise pas de toiles mais des pales rotatives en bois (système Berton). Ce système permet d’éviter l’entoilage et de d’activer la rotation des pales. Le  moulin de Courrian (dit de Blaignan ou Caussan) a été totalement restauré en 1981 et reste un rare témoin de cette particularité technologique. Il possède toujours son mécanisme intérieur, mais ne se visite pas (excepté pour la journée des Moulins fin juin).



Le moulin de Vensac est considéré comme lieu emblématique du Médoc. Il a une histoire à nulle autre pareille : construit au XVIIIe siècle, il est démonté et remonté deux kilomètres plus loin en 1858. Son activité de meunerie s’arrête au début de la Seconde Guerre mondiale et, laissé à l’abandon, il subit le même sort que ses congénères, jusqu’en 1982 lorsque ses nouveaux propriétaires décident de le restaurer et de le remettre en activité. Aujourd’hui, il est l’unique et authentique survivant produisant encore de la farine que ses visiteurs peuvent acheter.


Il a été primé en 1985 au concours Chefs d'oeuvre en péril sur Antenne 2 (l'ancêtre de France 2), pour sa restauration et son fonctionnement. Lieu touristique, mais aussi pédagogique pour les classes qui viennent voir et se faire expliquer son fonctionnement, lors de sorties scolaires.

Pour d’autres, les restaurations ont permis d’en faire soit des habitations pour leurs propriétaires, soit des gîtes pour accueillir les touristes, nombreux en Médoc.


Les moulins à eau

Antérieur au moulin à vent (signalé en 18 av JC en Asie), le moulin à eau, déjà connu des Romains avant l’invasion de la Gaule, devient d’un usage courant au XIIe siècle. Ne fournissant pas une production suffisante, les moulins à vent les ont complétés.


Comme son nom l’indique, le moulin à eau utilise l’énergie hydraulique pour moudre le grain mais il sert aussi pour les forges, scieries et même les papeteries. Certains anciens moulins ont été équipés pour produire de l'électricité ou transformés en petites centrales hydroélectriques.


Un moulin à eau se compose d’une habitation pour le meunier et d’une partie réservée au moulin avec la "chambre" des meules (la meule dormante ou gisante et la meule tournante actionnée par un arbre vertical relié au rouet et à l'arbre moteur), le rouet qui permet de les actionner, la trémie qui reçoit les grains, la bluterie qui permet de séparer la farine du son, la roue verticale à augets (petits godets fixés à la roue hydraulique pour recevoir l'eau motrice), ou horizontale munie de pales (petite vanne servant à ouvrir ou à fermer une retenue d'eau) et de godets.


Pour notre Médoc, les moulins à eau ont été implantés sur les différentes jalles, ou sur des dérivations (jusqu’à 200 mètres de la jalle pour le moulin de Tiquetorte à Moulis) du cours d’eau (biefs) pour alimenter le moulin, construit généralement sur ses terres par un châtelain.


Certaines communes du Médoc avaient de nombreux moulins :


  • A Saint Laurent du Médoc, on dénombrait onze moulins à vent et sept à eau.

    • Si certains moulins à vent ont totalement disparu (à Ballogue-Garric, Bernada, Larousse et Sieujan), ceux de Saussac, Messadis, Mourlan et Villeneuve sont aujourd’hui à l’état de vestiges.

    • Pour ceux à eau, le moulin Le Drap a un mécanisme datant de 1850 complet mais ne fonctionnant plus.

  • A Carcans, il y en aurait eu au moins huit à vent dont le Moulin de la Motte (du Château ou du Bourg) qui collectionne une quantité de mystères : aurait-il été construit sur l’emplacement d’un petit château des XII-XIIIe siècles sur cette motte castrale de la Matte? N’était-ce qu’un fortin de bois, la motte culminant à sept mètres de haut ? Toujours est-il qu’un écrit du 15 juillet 1627 mentionne l’existence du moulin au lieu dit Le Château. En 1925, il "perd ses ailes" et ne subsiste plus que sa tour (son fût). En outre, la fontaine de Saint-Jean, située au pied du moulin, aurait-elle été miraculeuse ? Plusieurs centenaires ont été dénombrés parmi les habitants du canton et cette longévité en serait une preuve.


Au Moyen-Age, toutes les croupes (sommets arrondis des collines) de Moulis-en-Médoc auraient été occupées par des moulins à vent. Nous nous trouvons face au même dilemme que pour la poule et l’œuf : est-ce du terme moulin que Moulis tire son nom, ou est-ce que le nom de Moulin vient du nom Moulis (autrefois moulix qui veut dire moulin) ?


L’énigme a d’ailleurs été résolue par certains scientifiques en faveur de l’œuf, mais toujours pas de réponse concluante pour la nôtre.


Cela n’a pas empêché le moulin à eau de Tiquetorte (XVIe siècle - photo ci-dessus), qui possède toujours sa meule et dont la partie basse a été transformée en maison d’habitation, d’être implanté sur une partie canalisée de la Jalle de Moulis en Médoc. C’est pendant l’Occupation allemande qu’il a été utilisé pour la dernière fois pour moudre clandestinement le grain.


Des moulins à cylindres aux minoteries

Au XIXe siècle, avec l’industrialisation, pour faire face à une demande de plus en plus importante, les moulins à cylindres métalliques (entre lesquels le grain passe lors de sa mouture), qui ont un meilleur rendement, remplacent les moulins à farine à meule de pierre.


Avec l’utilisation de machines électriques, on parle alors de moulin industriel (minoterie) où le meunier est devenu minotier et pilote la mouture par ordinateur.


A Saint Vivien de Médoc, une minoterie propose de la farine, du son (couches externes fibreuses du grain), des graines mais aussi des mélanges de céréales.


 
 

« Quand le Médoc avait des ailes »

S’agissant de moulins à vent et de Médoc, il est impossible de ne pas signaler un ouvrage Quand le Médoc avait des ailes, paru en 2018, dans lequel Nathaniel Lee, ancien maire de Labarde, a répertorié les 320 moulins à vent que comptait la presqu’île ; avec ses 300 pages et plus de 500 photos, il captive tant les passionnés de moulins que ceux d’histoire du Médoc, tout d’abord terre céréalière gagnée sur les marais après assèchement, avant de devenir terre viticole.


Et en Médopole ?

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Par Dominique Gravois

Photo de couverture - moulin de Blaignan Wiki Commons

Photo du moulin de Vensac par Martine CC BY-NC 2.0 DEED

Photo du moulin Tiquetorte, WikiCommons





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